jeudi 18 août 2011

Hélène Sturm, Pfff

Le Tourbillon de la vie
Éric Bonnargent

Raoul Dufy, La Tour Eiffel
Avec son titre en forme d’onomatopée, ce premier roman publié par Hélène Sturm, revendique immédiatement sa singularité. L’écriture d’Hélène Sturm, musicale et pétillante, est un vrai régal pour les amoureux des lettres : les jeux de mots et la métatextualité seront autant de défis à relever pour le lecteur attentif.
Le personnage central de ce texte est Odile, une jeune femme extraordinairement ordinaire :

« Elle marche dans la rue sans savoir encore dans quel café elle s’arrêtera, croise sa silhouette dans les vitrines et ne se reconnaît pas tout de suite. Pas assez grosse pour se faire traiter de grosse, pas assez jolie pour se faire siffler, pas assez laide pour se faire siffler, elle se sent invisible. Elle se dit qu’elle devrait porter du clair en haut et du sombre en bas, et elle a fait tout l’inverse. »

Correctrice dans une maison d’édition, Odile va, ce jour-là, attirer tous les regards. Comme Odette qui tourna la tête de Swann alors qu’elle n’était pas son genre, Odile va séduire trois hommes dont elle n’est pas le genre : Legendre, Beaufils et Walter Pergamine. Les deux premiers sont des tueurs à gages associés, des hommes dont la prestance est telle que, sans le savoir, ils inspirent la mode. Walter, lui, est aussi insignifiant qu’Odile. De lui, on ne sait pas grand-chose, même pas « comment il nettoie ses oreilles, où il range sa correspondance, s’il joue à qui perd gagne quand il marche sur les bordures des trottoirs, ni pour quelle raison, il préférerait ne pas. » Tout ce qu’on sait de lui, c’est que sa démarche bancale est due au contenu de ses poches : un couteau suisse, un baladeur, un carnet sur lequel il rédige quelques aphorismes, mais aussi « tout ou partie de sa collection de cailloux, certains viennent de l’enfance, quelques livres, deux ou trois, souvent les mêmes, de petits livres qui tiennent une vie » et, parmi eux, toujours, L’Image de Samuel Beckett.
D’autres personnages du quartier vont s’immiscer dans ces improbables histoires d’amour : Jeanne, Yolande, Rose, Chapoulet et Jaboulier… La farandole amoureuse se met en place et chacun finira par trouver sa chacune (ou son chacun). En lisant Pfff, il est difficile de ne pas penser à Raymond Queneau et à Georges Feydeau. Du premier, on retrouve une certaine  tendresse, de l’autre, un goût prononcé pour le rocambolesque. Sous cette apparente légèreté, Hélène Sturm s’interroge sur l’amour et ses nouveaux modes d’action, comme l’internet.
Emporté dans la danse, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises et sans doute poussera-t-il entre ses lèvres un petit pfff lorsqu’il lira les étonnantes dernières lignes…






Hélène Sturm, Pfff. Éditions Joëlle Losfeld. 18 €

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