jeudi 3 octobre 2013

Lorenzo Lunar, La Vie est un tango



Cuba libre
Éric Bonnargent

José Rodríguez Fuster
Flic d’âge mûr, Léo Martin enquête sur une série de meurtres qui semble n’avoir pour seule raison qu’un banal trafic de lunettes de soleil. Avec son écriture dénuée de fioritures et son intrigue aux rebondissements plus ou moins attendus, La Vie est un tango est un roman agréable, mais de facture très classique. Léo Martin est un gentil looser divorcé écartelé entre l’amour qu’il porte à sa petite amie et le désir que lui inspire sa maîtresse aussi lascive que vénale. En fait, l’intérêt de ce roman se situe ailleurs. Tout le talent de Lorenzo Lunar est de parvenir à faire revivre le misérable quartier d’El Condada, « une pieuvre pourvue d’un million de tentacules mâtinée d’un dragon à mille têtes. Chaque tête de dragon a son propre visage, mais les visages peuvent changer à tout moment, sans qu’on s’en rendu compte. Le monstre, monstre jusqu’au bout de ses griffes, se nourrit de sa propre chair, bouffe ses têtes ; mais celles-ci se reconstituent. » Peut-être y parvient-il parce qu’il y est né et y vit encore. « Je vois mes personnages déambuler dans les rues, écrit-il dans la postface. J’écoute les voisins me raconter leurs histoires. Ensuite j’écris. » Le lecteur rencontre des personnages hauts en couleurs, des commerçants, des prostituées, des travestis… qui tentent de survivre dans le Cuba du début des années 90. Suite à la chute du Mur et au renforcement de l’embargo, Cuba a perdu près de 35% de son PIB. Les pénuries sont multiples. Les coupures de courant  sont si fréquentes que les habitants ont appris à se laver, à s’habiller et à manger dans le noir. Léo Martin doit même composer avec des voitures de patrouille immobilisées par les pannes d’essence ou de batterie… Pour faire face à la misère, l’État autorise le dollar et développe le tourisme, ce qui va engendrer toutes sortes de trafics pourtant niés par les autorités. Officiellement, en effet, et Léo Martin va devoir jouer avec les interdits, il n’y a ni prostitution ni drogue à Cuba…


Article paru dans Le Matricule des Anges, Juin 2013 




La Vie est un tango
De Lorenzo Lunar
Traduit de l’espagnol (Cuba) par Morgane Le Roy
Asphalte, 176 pages, 18 €

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